Si tu as appris ton français dans un lycée parisien ou dans Moulin Rouge (pour la dernière fois, je ne coucherai pas avec toi!) tu risques d’avoir un léger traumatisme en débarquant au Québec. Oui, on demande parfois aux hommes d’accoucher, et on aime bien prendre des brosses le vendredi soir. Non, nous n’avons pas réinventé la reproduction, et nos loisirs sont bien plus amusants qu’il n’y paraît. Le français au Québec compte des milliers d’expressions colorées, en voici parmi les plus courantes que tu entendras forcément dans la rue, pour accélérer ton intégration de six mois !

LE CHINOIS DE LA FRANCOPHONIE

Les mots ont leur définition officielle dans le Robert, mais en français au Québec- à l’instar du chinois, célèbre langue tonale – un mot peut signifier une chose, son contraire ou tout autre chose, selon l’intonation employée. Mélangeant? Pas du tout, il suffit de regarder à qui on parle (et d’écouter) pour tout comprendre!

Méchant

Signifie mauvais, bien entendu, mais avec certaines inflexions de la voie, méchant devient « gros », « très » ou tout autre superlatif indéfini. Comme dans l’expression « Méchant pétard! » (Ici « pétard » ne fait référence ni aux explosifs ni à un joint, mais à une personne que tu trouves très belle.)

Malade

Complètement fou, sauté, génialissime. Ou encore, le fait d’ être dérangé mentalement ou d’être dangereusement téméraire («Méchant malade! ») Parfois, on l’emploie aussi pour parler de quelqu’un qui souffre d’une maladie, mais c’est la définition qu’on aime le moins.

Écœurant

Selon l’intonation, écœurant peut signifier « dégueulasse » et « répugnant », ou encore « délicieux » et « génial. » On vit nos passions avec intensité.

Capoter et capoté

Capoter n’est ni un verbe inventé pour enfiler un préservatif, ni l’action de faire des tonneaux en voiture. Capoter, c’est être pris d’une joie quasi-hystérique – « J’ai gagné un million de dollars, je capote! » – ou d’une colère quasi-hystérique – « J’ai perdu un million de dollars, je capote c*lisse! »

Quelque chose de capoté, c’est quelque chose de complètement fou, tant positivement que négativement.

DES NUANCES D’IMPORTANCE

Au/du Québec vs. À/de Québec

Au Québec : le territoire, comme dans « Je vais au Québec pour manger des pommes du Québec. »

À Québec : la ville, comme dans « Je vais à Québec pour manger une poutine chez Ashton (de Québec.)

Alors cher cousin, il n’y a qu’en anglais qu’on dit Québec City. Aucune confusion possible!

Le frette

Un matin ensoleillé* de janvier, tu prendras une grande inspiration sur ton perron pour saluer cette nouvelle journée qui commence… L’instant d’après, tous tes poils de nez seront gelés (c’est le moment où plusieurs découvrent qu’ils ont des poils de nez) et ta respiration se sera transformée en glaçons sur ton foulard-écharpe. Ce n’est plus du froid. Non, c’est du frette. S’accompagne souvent d’un sacre bien senti, et personne ne t’en tiendra rigueur.

*En hiver, soleil radieux + ciel bleu électrique = frette

Une frette

À ne pas confondre avec LE frette, une frette signifie simplement « bière fraîche », en opposition à une « bière tablette », qui vous l’aurez compris, est à température ambiante, lorsqu’elle repose sur une tablette. D’ailleurs, il est tout à fait normal de transformer nos bières tablettes en frettes, en les sortant quelques minutes dans le frette.

ÉTUDE DE CAS

Voici une énigme digne de la pierre de Rosette. Pris séparément, tu entendras ces éléments tous les jours!

Envoye on décolle! Embarque dans char, c’est moi qui chauffe.

Envoye : se prononce « oweille » dans le plus pur style Louis XV, sur un ton qui trahit l’impatience. Signifie « Allez! » ou encore « Vas-y! »

Décoller : partir, et pas qu’en avion! On dit aussi « sacrer son camp. »

Embarquer : monter dans n’importe quel moyen de transport…mais rarement dans une barque. Et quand d’autres descendent, nous débarquons.

Char : une automobile, mais l’imaginer tirée par quatre chevaux lui rajoute du mordant.

Chauffer : même s’il fait frette, nous ne foutons pas le feu à nos voitures. Chauffer signifie simplement conduire!

« Allez, nous partons! Monte dans la voiture, c’est moi qui conduis. » Aussi banal que ça!

EN VRAC

guide des expressions québécoises

Quelques mots ou expressions qui se glissent un peu partout…

Pantoute

Pas du tout!

Pousse, mais pousse égal

N’exagère pas trop!

Avoir de la misère à…

Avoir du mal à… version théâtrale!

Prendre une brosse

Le nightlife légendaire de Montréal… ce n’est pas de prendre des brosses dans ses mains, ça serait assez capoté. Il s’agit tout bêtement de se saouler! On peut aussi virer une méchante brosse.

Accouche qu’on baptise !

Messieurs, si on vous demande d’accoucher, ce n’est pas faute d’avoir raté notre biologie élémentaire. C’est parce que vous parlez énormément sans en venir au fait, et que nous sommes impatients de vider la question pour passer à autre chose. S’applique aussi aux dames, enceintes ou non, bien entendu !

Prends ton gaz égal

Calme-toi.

Dormir au gaz

Être trop calme, au point d’en être absent ou confus. À ceux qui dorment au gaz, on leur demande souvent d’allumer.

TU COMPRENDS-TU?

Le double emploi du pronom « tu » (et seulement celui-là) en posant une question est souvent le premier qui intrigue un nouvel arrivant. Justement, il ne s’agit pas d’un double pronom, mais d’un dérivé de la particule -ti, employée autrefois… en France!

Après avoir lu tout ça, t’es-tu plus mélangé qu’avant? Si oui, tant mieux, c’est l’occasion de venir nous piquer une jasette, parce que je pourrais continuer pendant des pages et des pages! T’as envie d’en apprendre plus et te pratiquer? Solange te parle va te venir en aide avec sa vidéo le Québécois pour les nuls.

Un commentaire

  • Non, je n’apprécie pas cet article qui ridicule les québecois. En français il est vrai on peut dire Québec-ville pour différencier les gens habitants la ville de Québec. Le CANADA se fait un devoir d’avoir un français impeccable et international pour être comprit de partout sur la planète. Bien sûr il existe des expressions locales, par exemple dire des « état-uniens » pour les gens vivants aux Etats-Unis d’Amérique. (même mot en espagnol pour les pays d’Amérique du Sud)

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